Critiques

Pourquoi le Death Note de Netflix n’est pas un si mauvais film

Death note

Death Note et la problématique des adaptations live

Voyez-vous, les adaptations en film de nos mangas et jeux vidéo favoris sont devenues un sujet particulièrement sensible de nos jours. La faute en grande partie à une myriade toujours croissante de ces productions toutes plus mauvaises les unes que les autres, ne respectant bien souvent pas l’univers dans lequel elles prennent place… mais pas seulement. Et l’adaptation live de Death Note par Netflix est un parfait exemple de l’une de ces autres raisons : la sacralisation de ces licences par leur public.

Proposer une version différente de quelque chose de sacré, sans toucher à l’oeuvre originale, ne devrait pourtant pas poser de problème en soit, étant donné que cette dernière en restera inchangée. Si vous aimez Death Note, quel est le problème à ce que quelqu’un en propose une vision nouvelle si cette même personne ne touche pas au produit de base ? Le Death Note que vous aimez restera à sa place, il continuera d’exister physiquement et spirituellement. Je me permets d’insister là-dessus car dès la sortie du trailer du film, ou même dès son annonce, la majorité des internautes ont commencé à pester contre l’idée même de cette production. Pourtant, le principe d’une adaptation live est quelque chose de génial. Car en effet, elle donnera potentiellement envie à un public qui ne connait pas le manga originel d’en découvrir plus profondément son univers.

Là vous pourrez me dire « oui mais si c’est mauvais, il va penser que mon manga favori est nul ». Là où je répondrai que si cette personne juge de la sorte une oeuvre qu’elle ne connait pas, à travers une adaptation live de 1h30, son avis vaut bien peu et ce n’est pas très important. Prenons en exemple Dragon Ball : Evolution. Bon, c’est très mauvais et je pense que nous sommes tous d’accord là-dessus. Mais pensez-vous qu’un individu qui affirme que Dragon Ball est mauvais PARCE QUE ce film est d’une nullité sans nom, mérite qu’on s’attarde sur son avis ? Je ne pense pas.

Un bashing incroyablement débile

Oui, débile. Le mot est dur (enfin, dur d’auteur à lecteur surtout) mais c’est bien de cela dont il est question. Insulter un réalisateur jusqu’à lui faire fermer sa page Twitter parce que l’on n’aime pas un film ? C’est effectivement débile. Et encore faut-il ne pas l’aimer pour les bonnes raisons… Car que les choses soient claires, donner à son dégoût, son mépris et son rejet, la seule raison que « mais c’est pas comme le manga c’est nul », est littéralement anti-constructif et hors de propos. Le principe d’une réécriture libre d’une série est en totale contradiction avec cet argument. Et c’est ici que l’on touche le problème de la sacralisation évoquée dans le paragraphe précédent. De plus, il n’y a aucun intérêt à reproduire en live ce que l’on a déjà en manga ou anime. Si vous voulez voir le Death Note que vous aimez, regardez l’anime.

Mais vous n’êtes pas débile. Personne ne l’est d’ailleurs, j’en ai l’intime conviction. Malheureusement, parfois, la masse est juste plus forte que l’individualité. Il devient donc difficile de réfléchir et de se poser les bonnes questions. Il est simple de nager dans le sens du courant plutôt que l’inverse. Et si de par mon texte, je peux vous donner mes modestes clés de compréhension et de ce fait, assainir le débat, j’en serais heureux.

Cependant, le film n’est pas exempt de défauts et ce n’est pas ce que je veux démontrer, bien au contraire. Libre à vous de l’apprécier ou non. Mais il est important que ce soit pour des raisons constructives et existantes. Comme ses incohérences, ses acteurs ou même son histoire, étant donné qu’elle diffère totalement du manga à partir de la moitié du film. J’exclus par contre les remarques sur la couleur de peau de L (Keith Stanfield est d’ailleurs sans conteste le meilleur acteur du film), car outre leur côté raciste, il n’est pas difficile de comprendre que l’univers de Death Note a été transposé en Amérique du Nord, donnant lieu à un changement de nationalité des personnages.

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Bon d’accord, mais que vaut ce film Death Note alors ?

Et bien objectivement, c’est pas mal. Je vois d’ici les yeux de certains s’écarquiller, mais oui, vous avez bien lu. Et je vais expliquer pourquoi. Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’il est impossible, en si peu de temps, d’adapter une guerre psychologique de cette profondeur. Il était donc évident que le film dériverait du manga, sans ça, nous aurions eu droit à un bâclage de l’histoire bien prononcé. Vous me direz « ben ils auraient pu faire une trilogie par exemple, laissant un peu plus de temps au développement de l’histoire« , et sur le fond, vous auriez raison. Cependant, un film, ça coûte de l’argent. Et prévoir plusieurs films sur une licence peu connue du GRAND public, avec un cahier qui tue des gens, c’est malheureusement compliqué.

Il fallait donc dès lors, donner à l’histoire des composants inflammables, capable de faire avancer rapidement l’histoire. De là naquit ce Light un peu naïf, cette Mia explosive et un L impulsif qui ne supporte pas de perdre. Le premier de par ses erreurs créera des brèches dans l’intrigue, la deuxième les fera exploser et le dernier sautera dessus. Alors oui, les personnalités des personnages principaux ont été drastiquement modifiées, mais ça ne suffit pas à rendre un long-métrage mauvais. On peut même remarquer que Mia et Light forment grossièrement à eux deux la personnalité du Light du manga.  Elle, incarnant son côté calculateur, meurtrier et lui, son sens de la justice. Ils ne lui arrivent bien sûr pas à la cheville, mais il n’est à mon avis pas idiot de se faire la réflexion.

L’univers quant à lui a bien été respecté si l’on intègre bien sa transposition en Amérique du nord. Le Death Note qui tombe du ciel dans le lycée, ses règles similaires à quelques détails près, Ryuk et les pommes, L qui mange des sucreries et qui est accompagné de Watari, le père de Light qui est dans la police (mais pas chef cette fois), la conférence de L pour piéger Light ainsi que le meurtre des agents du FBI suivant les suspects. Toutes les bases nécessaires afin de poser l’univers de Death Note et j’insiste sur le mot univers, qui est distinct des personnages, ces derniers prenant place dans celui-ci. Un changement a néanmoins été fait concernant la famille de Light, servant de raison à ses problèmes sociaux et laissant la part belle à l’une de ses plus grosses erreurs, le meurtre de l’assassin de sa mère.

Cohérences et incohérences

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Touchons du doigt les critiques qui reviennent le plus, en commençant par la scène où Ryuk apparait devant Light, et que ce dernier pousse un cri très aigu. La majorité s’accorde à dire que cette scène est répugnante car l’acteur jouant Light ne sait pas jouer. Mon avis est autre, je m’explique. Je pense que c’est clairement un parti pris du réalisateur, voulant que Light incarne la véritable peur. Et les spécialistes sont d’accord pour dire que la peur véritable est quelque chose qui agit à votre place, qui prend le contrôle de votre corps. Il est plus cohérent de se laisser habiter par la peur à la vue d’un démon, plutôt que de rester de marbre comme le Light original. Vous pouvez ne pas aimer ce parti pris ou son interprétation mais excluez les « c’est une tafiole » non constructifs et hors de propos.

De même que le fait qu’il montre très rapidement son Death Note à Mia. Impensable dans le manga mais diablement cohérent dans le film. C’est un cahier qui tue des gens, pour lui, il n’y a aucune chance de se faire prendre. Et même si elle en parle, il n’aura qu’à invoquer sa folie, personne ne la croira. De plus, c’est un adolescent torturé et il veut avoir l’air cool auprès de la fille qu’il aime. Ce n’est pas bien profond et ce n’est pas ce qu’on attend d’un film Death Note, mais c’est une réaction tout à fait cohérente.

L’une des plus grosses incohérences est la mort de Watari. Rappelons qu’il faut le nom et le prénom de la personne afin de la tuer à l’aide du cahier. Hors, Watari est bien évidement un pseudonyme et même si c’était son nom ou prénom, il manquerait le deuxième. Et c’est là que se heurte le problème de la complexité de Death Note à l’idée d’une adaptation live. Le réalisateur a voulu respecter l’œuvre en incluant Watari dans sa forme originelle, mais L étant impulsif dans le film, le meilleur moyen de le mettre en rage était de tuer son assistant. Cependant, lui donner un nom et prénom aurait beaucoup trop déplu aux spectateurs (haha, s’il avait su pour le reste…) et le temps alloué au développement de l’histoire (et à sa production) venant à manquer, arriva ce qui est arrivé.

Aller, conclus parce que j’en ai marre de lire là

Au final, ce film Death Note est un assez bon divertissement pour peu que l’on arrive à comprendre l’essence de ses différences avec le manga. Cela passe par l’acceptation des problématiques que posent l’adaptation d’une telle série, chose que j’ai essayé d’expliquer tout au long de cet article. Mais aussi par la compréhension du terme « réécriture LIBRE ». Là où Dragon Ball : Evolution n’empruntait que les noms des personnages en bafouant totalement le reste, Netflix a au moins pris la peine d’en respecter son univers tout en livrant plusieurs clins d’œils réussis.

Maintenant, rien n’empêche de ne pas aimer l’histoire choisie, les acteurs ou sa réalisation. Le réalisateur, Adam Wingard, était très certainement plein de bonnes intentions et ne méritait pas ce déferlement de haine à la limite du fanatisme. Personnellement, je n’aime pas vraiment l’interprétation de Nat Wolff. Mais parce que je n’aime pas son jeu, et non parce qu’il est différent de ma série préférée et ce parce qu’il reste dans une cohérence de scénario. J’adore Death Note, il est facilement dans mon top 5 manga/anime, mais j’ai conscience que ce film n’impacte en rien ce que j’aime. Réussissez à séparer les deux productions et je suis sûr que vous porterez un œil nouveau sur votre prochain visionnage de ce long-métrage.

Il y a encore beaucoup à dire sur le sujet, mais je ne veux pas vous inonder davantage et j’ai de ce fait dû écarter plusieurs points, mais si votre envie d’échanger est palpable, je vous invite à me contacter et/ou à en parler autour de vous. Échangez, dialoguez, débattez, le tout dans le respect, chacun en ressort toujours plus grand.

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